Vous dirigez un parti candidat à la présidentielle. Dix-huit mois de campagne, un budget, une crédibilité — et un électorat qui ne changera pas d'avis parce que vous le lui demandez.
Choisir un bloc et jouer Ce qu'il y a sous le capot
Arriver dans les deux premiers au premier tour, puis gagner le second. Ce sont deux objectifs différents, et parfois contradictoires : le programme qui vous qualifie peut être celui qui vous fait battre au second tour, parce qu'il vous a rendu inacceptable pour les électeurs des blocs éliminés.
Un tour de jeu est une semaine. Il y en a 78 avant le premier tour. Chaque semaine vous disposez de quatre points d'action, puis vous passez à la suivante : la population réagit, la presse commente, un nouveau sondage tombe.
Les points ne se cumulent pas d'une semaine sur l'autre. Une semaine sans rien faire est une semaine perdue — et vos quatre adversaires, eux, jouent.
C'est le cœur du jeu, et la source de tous les arbitrages.
Ce que la mesure ferait au revenu disponible de chaque type de ménage. Il arrive avec un délai : une mesure à effet lent ne rapportera rien avant le scrutin, sauf par ce qu'elle dit de vous.
Elle déplace votre position perçue sur les trois axes — économique, culturel, institutionnel. Elle vous rapproche donc de certains électeurs et vous éloigne d'autres. Aucune mesure n'est gratuite de ce point de vue.
Deux mesures qui se contredisent déclenchent un article et vous coûtent 0,10 de crédibilité. Un programme dont le coût dépasse le finançable se paie aussi, à chaque nouvelle annonce. La crédibilité multiplie tout le reste : à 0,60 vous êtes audible, à 0,40 vous ne l'êtes plus.
Le levier qui marche vraiment. Vous ne convaincrez presque personne de changer d'avis sur l'immigration ou sur l'impôt en dix-huit mois : les positions bougent très lentement. Ce qui bouge vite, c'est la saillance — ce dont l'élection a l'air de parler. Amener le pays à voter sur le pouvoir d'achat plutôt que sur la sécurité, c'est jouable, et c'est souvent ce qui décide du résultat.
Les chiffres affichés sont des sondages. Ils portent un bruit d'échantillonnage, et chaque institut a son biais, constant d'un sondage à l'autre. Trois instituts alternent : à vous de repérer lequel vous flatte et lequel vous enterre.
La carte suit la même règle : c'est une remontée de terrain départementale, pas un décompte. L'intensité de la couleur indique l'avance du bloc de tête — un département pâle est disputé, un département saturé est un bastion.
Vous ne voyez pas la fiche de vos adversaires — ni leur budget, ni leur crédibilité, ni leur capital militant. Vous voyez ce qu'un journaliste verrait : leurs annonces, leurs débats, leurs contradictions relevées, leurs déplacements, et les mouvements de sondage qui sortent du bruit.
Les titres de la semaine apparaissent en bulles au-dessus de la carte, puis se rangent dans la revue de presse à droite. Six médias fictifs couvrent la campagne, et chacun a son penchant : le même déplacement devient « accueil chaleureux » ici et « cherche des voix » ailleurs. C'est le pendant éditorial du biais d'institut sur les sondages — apprendre à lire à travers l'angle fait partie du jeu.
Les deux premiers s'affrontent. Chaque électeur recalcule son choix sur ce couple restreint, et trois issues sont possibles : le report vers le moins éloigné, le bulletin blanc, ou l'abstention.
Aucun taux de report n'est écrit à l'avance. Ils émergent de l'affect que vous avez construit pendant dix-huit mois. Un bloc éliminé dont les deux finalistes sont également éloignés s'abstient massivement — et ce « ni-ni » peut faire basculer une élection que les scores du premier tour donnaient jouée.
| Semaines | Ce qu'il faut faire |
|---|---|
| 1 à 20 | Recrutez des militants tôt : leur effet est lent mais composé. Annoncez deux ou trois mesures cohérentes entre elles. |
| 20 à 55 | Complétez le programme, sans dépasser le finançable. Déplacez-vous dans les petits départements, où chaque euro pèse plus. |
| 55 à 78 | Meetings pour maintenir votre enjeu à l'agenda. Gardez un débat pour la fin — mais seulement si votre crédibilité tient. |
Trois erreurs classiques. Annoncer beaucoup de mesures pour ratisser large : vous vous contredisez et vous perdez sur les deux tableaux. Dépenser tout le budget avant la dernière ligne droite. Et regarder le sondage comme un score : c'est une estimation bruitée, réagir à chaque point de variation revient à courir après du bruit.
Sur l'écran d'accueil, choisissez Ouvrir une table plutôt que de jouer seul, puis partagez l'adresse de la page : vos adversaires arriveront dans le même salon et prendront les blocs restants. Ceux que personne ne prend sont tenus par des agents qui jouent le même jeu que vous — ils annoncent des mesures, se déplacent, recrutent, tiennent des meetings.
La semaine avance quand tous les joueurs ont passé la main, ou au bout de deux minutes : quelqu'un parti se faire un café ne bloque pas la table. Une campagne complète à plusieurs dure une bonne heure.
Les blocs ne se jouent pas de la même façon, et c'est mesuré, pas décrété. Le Renouveau Centriste gagne quatre points en annonçant un programme cohérent ; le Front Populaire n'y gagne rien — à l'extrémité de l'axe économique, toute mesure redistributive supplémentaire lui coûte le centre plus qu'elle ne lui rapporte sa base. Sa voie passe par le terrain et le militantisme.
Les cinq blocs sont fictifs. Aucun parti, aucun candidat, aucune personne réelle n'est représenté. La population, elle, est calée sur des données publiques réelles — et la page méthode dit exactement ce que le modèle sait faire, et ce qu'il ne sait pas.
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